C’est un moment rare dans la profession : trois syndicats d’opticiens, d’ordinaire concurrents dans leurs positions, ont présenté ensemble un plaidoyer commun pour réorganiser la santé visuelle en France. Dévoilées fin septembre au salon Silmo sous le titre « une nouvelle santé visuelle », leurs cinq propositions touchent directement le quotidien des patients : dépistage des enfants à l’école, contrôle de la vue pour le permis de conduire, suivi des personnes âgées en Ehpad. Tour d’horizon de ce qui pourrait changer devant votre opticien.
Plan de l'article
Un front commun inédit, présenté au Silmo #
Le Rassemblement des opticiens de France (Rof), le Synom et l’Association des optométristes de France (AOF) ont porté ce plaidoyer à trois voix le 27 septembre, par l’intermédiaire de leurs présidents et vice-président. Le détail des propositions a été publié début octobre par L’Opticien Lunetier Magazine, et le principe directeur est répété à chaque ligne : l’ophtalmologiste conserve la responsabilité du diagnostic, de la prescription et de la décision médicale. Il ne s’agit pas de remplacer le médecin, mais de mettre le maillage des magasins d’optique du territoire au service du dépistage et du suivi.
Proposition phare : dépister les enfants à l’école #
La première mesure vise les plus jeunes : organiser le dépistage de l’amblyopie dès la maternelle, puis celui de la myopie à l’école primaire et au collège, dans le cadre de protocoles associant les agences régionales de santé, l’Éducation nationale et des opticiens spécifiquement formés. L’argument avancé par les syndicats est brutal : selon les chiffres cités lors de la présentation, seules 18 % des visites médicales obligatoires de la sixième année de l’enfant étaient effectivement réalisées en 2018. Autrement dit, l’immense majorité des troubles visuels des enfants passe aujourd’hui sous les radars de la médecine scolaire.
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Ce dépistage précoce n’est pas un luxe : une amblyopie non corrigée avant l’âge de six ans laisse des séquelles définitives, et une myopie détectée tôt peut désormais être freinée par des verres ou des lentilles adaptés.
Le permis de conduire chez l’opticien #
Deuxième chantier, très concret : habiliter les opticiens à réaliser les évaluations visuelles exigées pour le permis de conduire et à délivrer les justificatifs correspondants, avec orientation vers l’ophtalmologiste dès qu’un avis médical s’impose. Cette proposition ne sort pas de nulle part : elle anticipe la directive européenne 2025/2205 sur le permis de conduire, que la France doit transposer au plus tard en novembre 2028 et qui renforce les exigences de contrôle de l’aptitude visuelle des conducteurs. Plutôt que d’engorger davantage les cabinets d’ophtalmologie, les syndicats proposent de s’appuyer sur le maillage des opticiens, présents jusque dans les petites villes.
Un vrai bilan visuel au renouvellement des lunettes #
Troisième proposition : enrichir le bilan réalisé par l’opticien lors du renouvellement de l’équipement. Aujourd’hui limité à la réfraction, il pourrait intégrer une tonométrie sans contact (la mesure de la pression de l’œil, essentielle pour repérer un glaucome) et une rétinophotographie, les données étant transmises au médecin prescripteur qui garde la main sur le diagnostic. Sur prescription, l’opticien pourrait également assurer le suivi technique de pathologies chroniques comme la DMLA, le glaucome ou la rétinopathie diabétique — autant de rendez-vous intermédiaires qui libéreraient du temps médical pour les cas complexes.
Téléconsultation accompagnée et Ehpad : aller vers ceux qui ne consultent plus #
Les deux dernières mesures s’attaquent aux déserts médicaux et à la dépendance. D’une part, la téléconsultation ophtalmologique accompagnée : le patient consulte à distance un ophtalmologiste depuis un magasin d’optique ou un établissement de santé, pendant que l’opticien réalise sur place les examens nécessaires. D’autre part, l’intervention directe en Ehpad : l’opticien du territoire se déplacerait auprès des résidents, sur prescription d’un bilan visuel par le médecin coordonnateur ou le médecin traitant.
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Les chiffres cités dans le plaidoyer donnent la mesure du problème : 85 % des résidents d’Ehpad sont en perte d’autonomie ou ont besoin d’aide pour se déplacer, et 68 % n’auraient bénéficié d’aucun suivi ophtalmologique depuis plus de trois ans. Pour ces personnes, une vue mal corrigée, ce sont des chutes, de l’isolement et une dépendance aggravée.
Et maintenant ? #
Plutôt qu’une extension uniforme des compétences imposée d’en haut, les trois organisations — dont les positions sont détaillées sur le site du Rassemblement des Opticiens de France — privilégient des expérimentations locales associant opticiens, ophtalmologistes et orthoptistes, notamment au sein des communautés professionnelles territoriales de santé. « Aujourd’hui, il faut qu’on reparte du bas », résume Jean-François Porte, le président du Rof.
Pour les patients, le message de ce mois d’octobre — celui des campagnes annuelles de dépistage et de la Journée mondiale de la vue — reste le même : la vue se surveille sans attendre les symptômes. Un contrôle régulier chez votre opticien, en lien avec votre ophtalmologiste, demeure le moyen le plus simple de détecter tôt ce qui se soigne tôt.




